"le 85" est une galerie dédiée à la photographie, sa seule ligne directrice. Les auteurs et œuvres présentés, généralement en cycles de trois mois, donnent à apprécier la variété que peut proposer la photo dans ses styles, techniques et messages.

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ACTU

" Nous sommes le 4 Août, des hommes habillés de noir arrivent dans une Toyota blanche et encerclent le village Yazidi de Sinjar. Cris, coups de feu, un drapeau blanc sur lequel on peut lire « Convertis-toi à l'Islam ou prépare-toi à mourir ! » Les voitures se remplissent de civils qui partent vers la montagne de Sinjar, le lieu symbolique de ce peuple pacifique de Mésopotamie. Les pas lourds des enfants fatigués, la fragilité des vieillards… Ce jour d'août, la chaleur est terrible. Ceux qui ne parviendront pas à fuir cachent leurs armes et leurs larmes. Ils sont trainés comme des bêtes derrière un bâtiment administratif. Les portes se referment. Les enfants sont arrachés à leurs mères et embarqués dans des camionnettes, qui disparaissent à jamais.

 

Les enfants, les garçons lèvent les bras face aux docteurs de Daesh ; s'ils sont des hommes, ils partent dans des camions qui s'éloignent. Les femmes regardent leurs maris, leurs frères, leurs pères pour la dernière fois. Au loin, on entend des tirs. Des bulldozers recouvriront les corps. Les mères sont effrayées. Les hommes de Daesh, des voisins ou des étrangers regardent leurs filles. Discrètement, les mères enlèvent leurs alliances et passent un bébé à porter à leurs filles. Des femmes en noir saisissent les femmes Yazidi, les isolent dans des pièces et vérifient leur virginité. Les sheikhs prennent les plus jolies filles, qui vont devenir leurs femmes, embastionnées dans des tissus sombres. Les autres partent en bus ou en camions vers les prisons. Les vieilles femmes, habillées de blanc, restent silencieuses. Elles seront conduites à pied au bord d'un ravin où leurs os se trouvent encore aujourd'hui. Les garçons, terrifiés, seront emmenés vers des camps d'entrainement terroristes où ils seront battus. Ils errent tels des mutants, entrainés pour devenir des machines à tuer, les « lionceaux du Caliphat ».

 

Beaucoup sont morts au milieu de nulle part en Syrie ou en Iraq. Ceux qui sont revenus portent dans leurs cœurs et leurs corps les blessures de ceux qui ont été achetés, violés, battus et vendus jusqu’à 25 fois. Daesh a tout essayé : séparant les familles, changeant les noms, les violentant, les forçant à porter des ceintures d'explosifs, crucifiant des morts et leur appliquant le châtiment capital. Tout. Mais ceux qui sont revenus aujourd'hui, les survivants de cet enfer, lèvent la tête pour affronter leurs cauchemars et leurs larmes, et rester des Yazidis.

 

A Yahad-in Unum, nous les avons écoutés. Parfois jusqu'au dégoût. Mais comment pouvons-nous baisser les yeux lorsque les Yazidis les lèvent vers nous ? Nous avons traversé la chaleur du soleil et les froids hivernaux. Comment se plaindre lorsque jusqu’à 20 personnes dorment dans une même caravane ? Nous avons été témoins de l'empire sadien que Daesh a établi en 3 ans. Nous avons préparé ce livre pour que chacun puisse voir le chagrin dans les yeux des survivants. Cette exposition est un cri, leur cri et le nôtre, peut être demain le vôtre. Trop souvent, nous dormons difficilement, mais le prix à payer est d'avoir une conscience. "

Les expositions précédentes : Krista Boggs, Alain Auzanneau,

Thomas Corazza, Pierre Soissons, Gilles Lange...